J’ai tellement honte d’avoir été violée | Témoignage Traumas sexuels #001

J’ai tellement honte d’avoir été violée que, souvent, quand je parle des viols que j’ai subis, je me mens à moi-même et je réponds alors aux autres : « c’était avant, c’était quand j’étais ado ».

Sauf que c’est faux. Jusqu’ici je n’arrivais pas encore à démêler les maux par les mots alors ce soir je profite de la parole qui m’est offerte pour saisir la chance d’être écoutée anonymement sans sentir la honte couler sur mon cœur meurtri.

2007 – Le premier viol. C’était 3 jours avant la rentrée au lycée. J’avais alors 15 ans et 3 mois. Il n’a pas demandé pour me faire un cuni. Et j’ai pris du plaisir. (Culpabilisation bonjour) Ça m’a clairement traumatisée de cette pratique. J’y repense à chaque fois qu’un homme réessaye, je me cache le visage avec ma main et je me retiens de me laisser aller à ressentir ou qu’on me voit exprimer du plaisir.

2020 – j’ai 28ans. Et il est difficile d’écrire que, même après l’adolescence, j’ai subi et je subis encore des viols.

Je suis violée. Pour faire plaisir, ou parce que j’ai pas compris qu’on me prend clairement pour une conne. Je suis violée parce que j’ai pas saisi le bon contexte, ou parce que j’ai peur de dire non. Je suis violée parce que sur le moment je crois que je veux mais en fait non.

Pour faire rapide, je suis une personne nAt (=> neuroAtypique). Ça a toujours été chaud pour moi pour contextualiser et saisir le danger de certaines situations. Si vous voulez m’identifier à un personnage publique, je crois que je suis à l’image des anecdotes et de la vie sexuelle de Swann Perissé (YouTube). Aussi Femme et aussi blanche qu’elle, j’ai également été sexualisée très tôt à cause d’un entourage très sexiste en réaction à mon genre associé à un physique qui rentre dans les cases ; notamment mon père qui a toujours tenté de me faire coller le plus possible à l’image de la femme parfaite(-ment conditionnée aux plaisirs des hommes). Aujourd’hui j’ai 29 ans, une vie compliquée où mes traumas remontent à la surface tous les jours. Pour le contexte : je suis pansexuelle, en couple ouvert et polysexuelle et par ailleurs, en situation de précarité depuis l’adolescence.

Et alors voilà, il m’arrive souvent de me retrouver dans des situations bien merdiques dont j’ai bien bien honte. Et pourtant sur le moment ça m’apparaît comme être la seule solution possible pour assurer ma survie, mon bien-être, mon confort ou bien combler mes besoins. Parce que mon cerveau a été conditionné comme ça. Avec beaucoup de violences et d’oppressions. Je me démêle des situations par des chemins que j’ai toujours connu. Je ne sais pas me protéger. J’ai souvent peur. J’ai toujours honte.

Le dernier qui m’a beaucoup marqué et dont je n’ai parlé à personne pour l’instant, était en début de confinement. J’ai dit 5 fois non. Ce n’était pas la première fois que j’étais violée mais c’était la première fois que je disais non cependant. Yes une petite victoire ? (Triste bonne nouvelle: j’ai su dire non mais lui ne m’a pas écouté… – dommage repassez plus tard pour le respect du consentement). Le gars m’a forcé à me masturber devant lui. Et je l’ai fait. Parce que à la base je venais pour qu’il me dépanne des clopes et j’me sentais redevable. Ça c’est le gros résumé d’une histoire beaucoup plus complexe. Un cercle vicieux bien moche dans un contexte qui pue.

Après avoir subi ça, j’men suis terriblement voulu, alors que j’avais clairement dit non. Mais j’ai compris que ça n’était pas une relation saine (haha sans blague il a fallu des semaines pour que mon cerveau cassé remarque ça). J’étais dans une forme de dépendance tantôt affective tantôt matérielle. Après ça, j’ai décidé d’essayer de plutôt demander de l’aide aux gens qui m’aiment vraiment pour qui je suis et de manière inconditionnelle, et pas parce qu’ils veulent me baiser. Yes.

Plus je prends conscience de la violence des gens partout autour de moi, plus j’étouffe. J’en peux plus. Tout est oppressant autour de moi. Je me sens si souvent dépassée, submergée. J’ai peur aussi souvent que je fuis. Beaucoup est souvent sujet à angoisses. Les violences sont partout. Tout m’effraie. Tout me regarde. Mon passé prend du temps à digérer. Mais j’veux avancer, me sentir aimée et sainement entourée.

J’ai décidé que je méritais mieux. J’ai compris que je devais poser mes limites et peaufiner mes préférences de rencontres : Des hommes déconstruits! Certains même plus que moi !, concernant le féminisme et toussa. Alors c’est doux, ça soigne, c’est accueillant et j’en avais sacrément besoin.

C’est long de trier les con(-ditionnés) par contre. Je pense que statistiquement on est clairement sur du 1/50 : 1 mec déconstruit sur 50 con(-ditionnés). Je conclus qu’il y a des questions existentielles à poser dès le début lors d’un match ou d’une rencontre. J’veux que le gars soit au clair avec toutes les oppressions que j’ai subies. Sinon bye bye. Tu mérites ni mon âme, ni mon corps, ni rien de moi.

2021 – Le dernier viol. C’était il y a trois jours – un homme a posé des mots sur mes maux et ça fait du bien, il a écouté quelques traumas sexuels que j’ai subis. Il ne minimise pas, il accueille. Il est si doux dans ses gestes et tellement à l’écoute. LA rencontre qui a tout bouleversé en moi.

Après un de nos rapports c’est même lui qui s’est directement rendu compte que je n’avais pas vraiment dit oui pour le cuni qu’il venait de me faire (sur le moment j’avais pris du plaisir donc c’était pas simple à démêler comme situation) il m’a demandé si j’avais pas osé dire non, etc.

Oh ce n’est pas la première fois que j’me sentais violée… mais c’était la première fois que c’est Lui qui me le faisait remarquer.

Habituellement j’men serais rendu compte plusieurs jours après. Quand mon cerveau aurait passé son état de sidération pour laisser place à la déprime.

Pour lui répondre sur ses doutes concernant mon consentement, au début j’me mentais encore à moi-même et j’disais que c’était pas si grave. Le déni. Puis après plusieurs heures de discussion j’ai compris qu’en effet j’avais pas dit oui… et on est tombé d’accord sur un concept pour les prochaines fois et que j’invite tout le monde à intégrer : « sans oui, c’est non ».

Quand j’ai eu confirmé que j’m’étais sentie gênée, il avait l’air de se sentir très mal de se rendre compte qu’il m’avait abusée et l’ambiance s’est alourdie alors comme par réflexe j’ai lâché un « désolée ». Et alors ces mots en réponse m’ont tellement apaisée : « non c’est moi qui suis désolé, oui là je suis triste mais pas à cause de toi. Je suis triste parce que j’ai honte de mon comportement, tu n’avais pas dit oui pour ce cuni, tu avais juste « rien dit ». Un regard ou un sourire c’est pas un oui. Prendre du plaisir veut pas dire qu’on consent. Laisse moi être triste maintenant. J’en ai besoin. Je veux changer. J’me sens mal et c’est tant mieux. Que la honte change de camps. »

Et depuis ça je me sens plus proche du vrai Moi. Il m’a comme débloqué un truc dans mon cerveau, j’ai compris que j’étais légitime d’être respectée par un homme. Que c’est possible. La théorie du consentement j’la connaissais depuis presque deux ans mais j’avais juste besoin de le vivre vraiment. En pratique. J’avais besoin d’en être témoin. J’avais besoin de rencontrer l’homme qui veut me respecter et sait se remettre en question sans m’accuser de quoique ce soit. Parce que depuis ça, depuis que j’ai connu la douceur et le consentement, je n’ai plus envie de me laisser faire. Les autres (ceux qui me blessent et ne m’écoutent pas) ne me méritent pas. Je suis une personne respectable. Je remarque alors désormais plus facilement les moments où je dois m’écouter et j’accepte mieux de poser mes limites avec les autres. J’ai besoin qu’on me respecte. Partout et tout le temps. J’ai compris que je le mérite vraiment. Et depuis ça, depuis ce nouveau regard posé sur moi : tant pis si ça fait chier quand je dis non. Parce que y’a seulement en posant mes limites que je pourrais protéger mon corps et mes pensées. Parce que si je continue à me taire, je risque de tomber et de ne plus pouvoir me relever. Oh et puis tant mieux si ça fait chier, y’a que comme ça qu’on pourra remuer les croyances douteuses. Fais chier. C’est terminé. Je ne veux plus chuter. Je ne veux plus avoir honte de dire non, honte d’avoir mal, honte d’avoir peur, honte d’avoir été violée, honte d’être violée.


Témoignage anonyme publié pour Le Collectif Irrévérencieuse

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